19.06.2007

Portrait de député. Marcel Rogemont (PS dissident) à Rennes-Montfort

Marcel Rogemont, 59 ans, élu député de la 3ème circonscription d’Ille-et-Vilaine (Rennes-Montfort), a déjà été député socialiste de cette circonscription de 1997 à 2002. Ancien adjoint au maire de Rennes, conseiller général depuis 1998, réélu en 2004, il a refusé de s’effacer devant la candidature d’une femme, Laurence Duffaud, imposée par les instances nationales du PS. Il a été exclu du parti avant le 1er  tour. Né le 3 janvier 1948 et père de trois enfants, il est cadre d’une entreprise de transport.

Vote breton. De plus en plus à gauche

Avec 47,97% des suffrages bretons, l’UMP a été dominée par le PS qui atteint 50,48%, tandis que l’unique candidat du MoDem pesait 1,55%. La gauche, qui s’est bien requinquée depuis le premier tour, est une fois de plus majoritaire dans la région et prend quatre sièges à la droite, le centre dépouillant l’UMP d’une cinquième circonscription. Quels sont les ressorts de ce scrutin ? Comment la droite va-t-elle pouvoir rebondir à l’approche des élections municipales et cantonales ? Explications et prospective avec le politologue Romain Pasquier (*).

La gauche a gagné en Bretagne le 6 mai; elle a résisté vaille que vaille à la vague bleue du 10 juin et a gagné à nouveau dimanche. Les Bretons seraient-ils versatiles ?
Non, c’est la confirmation de la constance de la région qui penche de plus en plus à gauche depuis trois décennies. Le 10 juin, elle n’a pas été submergée par le vote UMP comme l’ont été d’autres territoires. Le PS a, lui aussi, marqué des points et le MoDem s’est maintenu à un niveau nettement supérieur à la moyenne. On a constaté dimanche que le centre s’est très majoritairement reporté vers la gauche, bien plus que dans les autres régions, et a assuré la victoire de plusieurs députés socialistes. L’affaire de la TVA sociale a joué et le comportement vindicatif et sûr de lui de François Fillon a déplu aux Bretons. Ils sont particulièrement sensibles au respect dans le débat public et ont toujours tendance à sanctionner les excès.

Sur 26 circonscriptions, la droite ne compte plus guère de bastions solides. Quelle est la raison de cette fragilisation territoriale ?
Il faut y voir le résultat de l’évolution sociologique des populations, de plus en plus urbaines. A Redon (35), où il n’y avait jamais eu de député de gauche, il s’agit d’un basculement historique dans ce « pays blanc oriental ». Comme à Rennes-Ouest et à Rennes- Nord, le poids de la périphérie rennaise a joué. A Fougères (35), la victoire du MoDem est un retour dans le giron centriste, favorisé par un jeune candidat bien implanté. A Ploërmel (56), terre de centre-droit également, Loïc Bouvard a failli faire le tour de trop face à une gauche qui n’a jamais atteint un tel score. Quant à Marc Le Fur à Loudéac-Lamballe (22), Jacques Le Nay à Hennebont- Plouay (56) et Marguerite Lamour à Brest rural, ils s’en sont sortis grâce à leur travail de terrain et à leur implication parlementaire. Le « pays blanc » se réduit aujourd’hui à Landerneau- Landivisiau, Vannes, Saint-Malo, Vitré et Pontivy.

Dans un an, les municipales et les cantonales. Quelles projections peut-on faire ?
La droite a perdu des territoires et raté le renouvellement de ses cadres. Elle espérait ce renouvellement de trois quadras d’Ille-et- Vilaine, Loïck Le Brun, Philippe Rouault et Loïc Aubin, tous battus. Loïck Le Brun, leader de l’opposition municipale rennaise, part avec un handicap alors qu’une fenêtre pouvait s’ouvrir pour la droite avec le départ d’Edmond Hervé, qui passe la main au maire de Chartres-de-Bretagne, peu connu en ville. A Redon et à Bruz, les municipalités de droite sont sérieusement menacées. A Fougères, où le maire PS ne se représente pas, le MoDem pourrait essayer de refaire le coup des législatives. On peut s’interroger sur l’avenir de la droite à Saint-Malo et Vitré, si les maires ne repartent pas : leurs résultats aux législatives ne sont peutêtre que des succès personnels. Dinan, Ploërmel, Saint-Brieuc et Quimper sont prenables par la gauche. Quant au Morbihan, il a enregistré une forte poussée des voix de gauche et le conseil général du centriste Jo Kerguéris n’est pas à l’abri d’un rééquilibrage, voire d’une bascule.

Propos recueillis par Alain Le Bloas