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08.06.2007

La traque aux candidats fantômes

Législatives, dernière ligne droite : les listes déposées en préfecture ont levé le voile sur les candidats. Chaque circonscription connaît désormais les forces en présence. Des visages s'affichent. Tout le monde se lance dans l'opération séduction. Tout le monde ? Pas tout à fait...



Ça y est. La liste est tombée. Voyons voir ce qu'on a là. Qui c'est, ceux-là ? Dans le Morbihan, le MNR (Mouvement national républicain) présente trois candidats. Pas d'adresse, pas de photo et un curriculum vite fait, sous la forme d'un lapidaire « 53 ans, fonctionnaire » ou « 43 ans, fonctionnaire territoriale ». Voilà qui va nous aider. Quelques prises de renseignements plus tard et retour à la case départ : inconnus au bataillon. On essaie l'annuaire. Sans plus de résultats. Il n'y a pas d'abonnés à ce nom dans le département. Qu'à cela ne tienne, tapons à l'étage supérieur. La fédération régionale est contactée, qui nous transmet un fax répétant ce que l'on sait déjà. C'est-à-dire, pas grand-chose.

Cherche candidat désespérément
Pas question de se laisser abattre. Nous obtenons finalement un numéro de mobile qui n'est pas celui de nos portés disparus morbihannais mais d'un autre candidat... du Sud-Finistère. Coup de fil. « Désolé, mais il sera difficile de rencontrer Annie Lannuzel et Florence Houssais. Je peux répondre pour elles », nous annonce le responsable régional, Philippe Milliau. S'en suit une discussion sur la pertinence de faire campagne tout en restant caché. «Ce sont des gens engagés, mais dont les métiers et les fonctions ne leur permettent pas de s'afficher. À un moment donné, on subit des pressions, du chantage même, qui nous amènent à se demander si ça vaut le coup de mettre en danger sa famille ». Dans ce cas, pourquoi se présenter à une élection au scrutin majoritaire ? «Il y a deux catégories de candidats, ceux qui s'investissent et jouent le jeu, mais qui ne représentent qu'une petite partie des candidats. Et il y a les autres, pour qui l'important est d'exister politiquement et d'obtenir le financement public ». Philippe Milliau explique que « pour un parti comme le nôtre, une candidature revient à peu près à 2.000 € par circonscription ».

La cantatrice chauve
Il y aurait donc les ténors, ceux qui jouent pour gagner, adoubés par les principaux partis et familiers des électeurs. On trouverait aussi les choeurs, qui se lancent, non sans envie et convictions, mais avec peu d'espoir d'accéder au second tour. Puis, on distinguerait dans le fond, les « improbables », ceux dont on n'avait jamais entendu parler, qui ont peut-être décidé de se présenter en se rasant ce matin, et qui n'ont pas vraiment de propositions pour leurs potentiels électeurs, les « divers » qui représentent... au fait, qui représentent-ils exactement ? L'absurde n'est pas loin avec ces candidats plus proches de la cantatrice chauve que de Pavarotti... Ou comment mener campagne en basant son programme sur la pratique de l'acuponcture et la culture du potiron bio.

Le fantôme de l'opéra
Enfin, dans l'ombre des coulisses rôdent les invisibles, ceux dont on ne saura rien, qui n'habitent parfois même pas la circonscription ou n'y mettent que rarement les pieds, des inconnus qui veulent le rester, tout en se déclarant candidat. Des fantômes de l'opéra difficiles à débusquer qui « espèrent » recueillir des voix sans se montrer. Le cas morbihannais n'est pas isolé. Dans toute la région, des noms de candidats invisibles et injoignables affluent. A Pontivy, cinq candidats introuvables. Ici, une femme, affiliée au MPF, domiciliée à Rennes, qui se présente dans le Finistère. Toujours au MPF, une autre invisible, à Concarneau... Quant aux trois Morbihannais, ils n'avaient toujours pas donné suite à notre demande d'entretien, à l'heure d'écrire ces lignes (le 3 juin 2007).

Gwen Rastoll