Le 6 mai, Ségolène Royal récoltait les suffrages de 56 % des électeurs de Brest-ville, soit neuf points de plus qu’au plan national. Nouveau témoignage de l’ancrage à gauche de la deuxième circonscription du Finistère. Il faudrait sans doute non pas une vague, mais un raz-de-marée bleu pour la faire tomber dans l’escarcelle de la droite à l’issue de ces législatives...
La dernière victoire de la droite sur Brest-ville ? 1993, lors de l’élection du RPR Bertrand Cousin à la députation, dans un contexte de Berezina nationale pour le PS. Depuis lors, les électeurs de Brest (les deux tiers d’entre eux votent sur cette circonscription urbaine, la moins étendue du département, les autres sur Brest-rural), Gouesnou, Guilers et Bohars ont, par deux fois, choisi des socialistes, pour les représenter à l’Assemblée nationale. Cela, que les vents nationaux soient porteurs pour la gauche, comme en 1997 (Tino Kerdraon : 55 %), ou pour la droite, comme en 2002 (Patricia Adam : 52,7 %). En cinq ans, la population électorale de Brest-ville est passée de 68.000 à 71.000 inscrits. Si le poids de la Défense (Marine nationale, construction et réparation navale) y a bien diminué au fil du temps, sans être pour autant devenu négligeable, celui du secteur public (CHU, université, collectivités) y demeure important.
Adam favorite
Confortée par le score brestois de sa candidate à la présidentielle (candidate de raison, Dominique Strauss-Kahn ayant les préférences de la députée), Patricia Adam est bien placée pour se succéder à elle-même. D’autres formations de gauche et d’extrême gauche sont en lice (Verts, PC, gauche alternative, LCR...), mais la plupart d’entre elles ne peuvent prétendre à grand-chose d’autre qu’à des scores de pur témoignage.
Le Borgne à l’offensive
À droite, Jean-Yves Le Borgne veut croire en ses chances d’accrocher son adversaire du PS. Désigné à la fin 2006, lors d’une primaire interne, face à Claudine Péron, la candidate de l’UMP sur Brest-ville en 2002, il espère que la vague bleue annoncée dans le pays n’épargnera pas la cité du Ponant et mise sur l’état de grâce dont semble jouir le nouveau chef de l’État, Nicolas Sarkozy. Ses thèmes de campagne locaux : le projet de second porte-avions, qu’il accuse Patricia Adam de ne pas soutenir, et celui du tramway brestois (mise en circulation annoncée pour 2012) auquel il est opposé, comme toute la droite brestoise. L’invitation au vote anti-tramway avait déjà été utilisée par les candidats de celle-ci lors des cantonales de 2004, mais sans succès. Portera-t-il en 2007 ?
Pagès en embuscade
Du côté du centre, l’UDF-MoDem a finalement investi Yves Pagès, plutôt marqué à droite, maire de Plouzané en difficulté sur sa propre commune, elle-même située sur le territoire de la circonscription de Brest-rural ! Cette désignation, contestée parmi les militants centristes brestois, a été obtenue à l’arraché. Durant quelques heures, l’investiture du nouveau parti de François Bayrou fut même accordée à une élue de Guilers, avant de lui être retirée, sans ménagement ni explication. Ambiance. Dans ces conditions, difficile de prévoir quelle proportion des 21,8 % d’électeurs ayant voté François Bayrou au premier tour de la présidentielle se reportera sur Yves Pagès, le 10 juin. L’éventualité d’une triangulaire sur Brest-ville apparaissant cependant bien hypothétique...